Francine Paul
Cartographies variables, Galerie de l’UQÀM, 1993
Indications diverses #10 : Au pied de l’arc-en-ciel, 1987
En choisissant de présenter son travail de façon éclatée, Jocelyn Jean force le parcours visuel à relier les parties entre elles, à combiner les cinq fragments pour en former une globalité qui intègre le mur comme le premier support. En effet, pour augmenter la portée formelle et signifiante des Indications diverses #10, il faut un mur haut qui en souligne la verticalité pour que la tension attraction/dispersion entre ses parties fonctionne au maximum et résiste à la direction descendante, pointée formellement, qui dans son achèvement se briserait au sol. En effet, la chute d’une ogive, d’un météorite semble captée juste avant de toucher le sol, à quelques centimètres de la surface terrestre où l’éclatement, la dispersion serait irréversible.
Cette tension dans l’organisation spatiale de l’œuvre, résumée chromatiquement par le contraste du noir et du blanc, s’étire entre une surface importante, peu découpée, près de l’espace du spectateur et une surface dentelée dont le mouvement circulaire creuse l’espace vers l’infini. Du proxémique au très éloigné, la dynamique tensioactive s’exprime en de multiples déclinaisons binaires : acrylique/huile, droite/courbe, terrestre/céleste, bois/métal, stabilité/mouvement, contraste/nuance. Une opposition animée relie également cartographie et peinture, via la géométrie, la couleur, la bidimensionnalité et s’applique à peser le pour et le contre, à chercher la juste mesure, la ligne limite, pour éviter la rupture fatale qui cèderait la priorité aux référents cartographiques laissant en plan le maître d’œuvre, la peinture.
En représentant de façon elliptique les contours réellement découpés de l’Australie, de l’océan Pacifique, des îles du Japon et le profil, à droite, de la surface de la côte Ouest américaine, il choisit un angle inhabituel pour nous, celui du Pacifique. Comme si l’observation se faisait à partir de l’océan vers ses périphéries, d’un point de vue a contrario. Un regard éloigné, posé de l’autre côté de la planète, à nos antipodes, scrute le monde à rebours et en saisit d’autres réalités. Au-dessus, l’arc-en-ciel qui n’est visible que dans certaines conditions et à distance également, déploie sa rondeur, ses couleurs, ferme l’espace de représentation et nous ramène à la terre, comme l’eau évaporée qui fait constamment le chemin aller-retour.
Entre les plans généraux, les vues globales et les découpages détaillés, précis, méticuleux, une tension, une stratégie efficace qui donne aux analyses cartographiques, plastiques, esthétiques et philosophiques, leurs espaces d’intervention, d’interprétation…
Cartographies variables, exposition collective, Galerie de l’UQÀM : Dominique Blain, Bernard Gamoy, Trevor Gould, Michel Goulet, Jocelyn Jean, Alain Paiement, Louise Paillé, Richard Purdy, Barbara Steinman, Bill Vazan.
©Francine Paul, catalogue de l’exposition Cartographies variables.